Depuis la prononciation d’excuses officielles de l’ancien premier ministre Harper pour les pensionnats autochtones, le processus de réconciliation avec les peuples autochtones continue de gagner en ampleur et en complexité.
En passant de la création de la Commission de vérité et réconciliation à l’adoption de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, plusieurs démarches sur le plan politique ont été utilisées comme premier pas vers la réconciliation.
Mais qu’en est-il des autres avenues ? Est-il possible de pousser le processus de réconciliation au-delà de la sphère politique ? C’est ainsi que rentre en jeu la réconciliation économique.
C’est quoi la réconciliation économique ?
En gros, la réconciliation économique est un processus impliquant de travailler en collaboration avec les peuples autochtones. Ce processus continu et complexe vise à rétablir des relations économiques justes et équitables, basées sur le respect mutuel et la compréhension.

Plusieurs groupes, comme des institutions universitaires et des sociétés civiles, s’inscrivent déjà parmi ceux qui jouent un rôle important dans la réconciliation avec les peuples autochtones. Mais comment s’y prennent-ils pour participer activement au processus de réconciliation ?
Que peuvent faire les institutions universitaires ?
Les institutions universitaires peuvent s’impliquer de différentes manières, principalement avec :
- Des recherches exécutées en collaboration avec des organisations et institutions autochtones ;
- Le partage de savoirs et connaissances acquis par la recherche avec les peuples autochtones, incluant les meilleures pratiques observées par les chercheurs ;
- La reconnaissance et valorisation des savoirs autochtones, par exemple, dans des secteurs comme l’environnement et les services sociaux.
On pense entre autres à l’École de travail social de l’Université d’Ottawa, qui a adopté une résolution sur la reconnaissance des savoirs traditionnels autochtones. Cette résolution inclut aussi l’intégration de ces savoirs dans l’enseignement, la recherche et la pratique de l’École qui stipule « que les savoirs traditionnels autochtones ont une valeur équivalente et ajoutent aux savoirs occidentaux ».
Et la société civile dans tout ça ?
La société civile du Québec peut s’impliquer dans le mouvement de réconciliation de plusieurs manières, par exemple en appuyant :
- Le mouvement de réconciliation avec les peuples autochtones dans son ensemble ;
- Les revendications des peuples autochtones concernant le droit de prendre leurs propres décisions en matière de gouvernance, de territoire et de ressources ainsi que la reconnaissance de leur autonomie gouvernementale en tant que nations souveraines et distinctes ;
- Les revendications de nature territoriale, comme la récupération des terres et ressources dont les peuples autochtones ont été dépossédés ou encore le droit de participer à l’économie en créant des opportunités économiques pour eux-mêmes et les générations futures.
Les opportunités liées à la réconciliation économique
Le mouvement de réconciliation économique présente plusieurs opportunités pour les peuples autochtones, mais aussi, pour les entreprises allochtones canadiennes. On pense entre autres à la mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA), ainsi qu’à l’appel à l’action 92 de la Commission de vérité et réconciliation.
DNUDPA
En 2016, le gouvernement du Canada a annoncé son intention d’adopter la DNUDPA. La Loi sur la DNUDPA a été adoptée en juin 2021.
Cette loi fournit un cadre pour la mise en œuvre de la DNUDPA par le gouvernement, qui doit s’assurer que les lois canadiennes y sont conformes. L’élaboration du plan d’action guidant sa mise en application est toujours en cours.
La mise en œuvre de la DNUDPA ouvre la porte à des opportunités économiques, comme le renforcement du développement économique autochtone :
- Les entreprises allochtones peuvent travailler en partenariat avec les gouvernements des peuples autochtones et les entreprises situées dans leurs communautés pour développer des projets économiques durables respectant leurs droits et leur autonomie gouvernementale;
- Sachant qu’il y a un peu plus de 1 100 entreprises autochtones situées aux quatre coins du Québec, l’établissement de collaborations ou de partenariats avec des entreprises autochtones peut être un atout pour les entreprises allochtones.
C’est aussi une opportunité de renforcer les compétences des peuples autochtones en développant des programmes de formation et de développement des compétences répondant aux besoins de main-d’œuvre des entreprises.
Sans compter que, puisque la population des peuples autochtones est plus jeune que la population du Canada, il y aurait un important bassin de jeunes Autochtones qui pourraient répondre aux besoins des entreprises, surtout dans un contexte de forte pénurie de main-d’œuvre.

Appel à l’action 92 de la Commission de vérité et réconciliation
Cet appel à l’action invite les entreprises canadiennes à adopter la DNUDPA par le biais de diverses démarches. En adoptant la DNUDPA, les entreprises contribuent à l’établissement d’une relation plus juste et équitable avec les peuples autochtones et à une réconciliation plus significative entre les peuples autochtones et le reste de la population canadienne.
Des initiatives inspirantes
Plusieurs initiatives ayant au cœur de leur mission la réconciliation économique avec les peuples autochtones ont été développées au cours des dernières années. Parmi celles-ci, on en retrouve deux de grande envergure.
Mouvement du Grand cercle économique des Peuples autochtones et du Québec
Ce mouvement a été lancé par l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador et mis en œuvre par la Commission de développement économique des Premières Nations du Québec et du Labrador.
C’est un appel à l’engagement qui a été lancé à la communauté d’affaires du Québec, invitant les entreprises du Québec à prendre des engagements concrets et créateurs de retombées pour les peuples autochtones, leurs communautés et entreprises.
Depuis son lancement, le mouvement se déplace de région en région, avec la tenue de cercles économiques régionaux.
Il n’est pas nécessaire d’attendre la tenue d’un cercle économique régional pour prendre un engagement, il est possible de le faire en tout temps en contactant l’équipe de la CDEPNQL via le grandcercle.ca.
Lancement de l’École des dirigeants des Premières Nations (EDPN)
Cette école est le fruit de l’initiative de deux anciens diplômés du HEC Montréal, Mme Manon Jeannotte (Nation mi’gmaq) et M. Ken Rock (Nation innue).
L’EDPN vise à outiller les leaders autochtones pour qu’ils guident leurs communautés vers le changement et la réussite, des éléments incontournables pour l’autodétermination et l’amélioration des conditions socioéconomiques des Premières Nations.
Des formations universitaires de courte durée sont offertes dans les communautés, en ligne et à Montréal aux élus, aux administrateurs, à la relève, aux gestionnaires et aux entrepreneurs issus des Premières Nations.
Le 30 septembre a lieu la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, une des initiatives instaurées afin de souligner le processus de réconciliation. Cependant, les principes de la réconciliation ne se résument pas uniquement à une seule journée ; il est important de les intégrer dans les actions et décisions des entreprises et organisations 365 jours par année. La réconciliation économique n’est qu’une des nombreuses avenues à explorer dans l’objectif de réconciliation avec les peuples autochtones. Bien qu’il reste beaucoup de chemin à faire, la clé du succès réside dans la collaboration, la réciprocité et l’ouverture de tous et chacun. Il est de notre devoir de construire ensemble un avenir commun de prospérité et de coopération, un pas à la fois.
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